Marc Séguin investit dans des ateliers d’artistes

28 avril 2021

Marc Séguin investit dans des ateliers d’artistes

Plusieurs dizaines d’artistes pourront bientôt loger aux Ateliers 3333, bâtiment industriel du quartier Saint-Michel converti en ateliers grâce à un partenariat entre l’artiste Marc Séguin, la Société de développement Angus et le promoteur immobilier Huotco.

ÉRIC CLÉMENT I  LA PRESSE

Marc Séguin s’intéresse aux ateliers d’artistes à Montréal depuis plus de 20 ans. C’est lui qui avait en quelque sorte fondé le « 305, Bellechasse », dans Rosemont, immeuble d’ateliers d’où les artistes ont été évincés, l’an dernier, les nouveaux propriétaires ayant choisi de rénover l’édifice et d’augmenter les loyers.

« J’avais convaincu, en 1998, les deux proprios de transformer cet immeuble en ateliers d’artistes, dit-il. Comme je travaillais en menuiserie-charpenterie, je leur avais dit : “Achetez-moi les matériaux, je vous finis un premier étage et je vous garantis que ça va se louer !” » On connaît la suite. Marc Séguin a restauré tous les étages. Les artistes se sont installés. Mais le quartier s’est transformé, embourgeoisé, et les artistes ont dû partir.

Ces dernières années, comme il avait besoin d’un local pour ses propres besoins, il a eu l’idée de trouver un autre édifice pour des artistes.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

«J’ai cherché et, de fil en aiguille, je me suis intéressé à Saint-Michel, car les artistes me disaient que c’était un des rares quartiers où c’était encore abordable» Marc Séguin

Il a finalement trouvé le 3333, boulevard Crémazie, en bordure de l’autoroute Métropolitaine.

Pour acquérir ce vieil édifice industriel, il s’est associé avec l’entreprise d’économie sociale Société de développement Angus et un promoteur immobilier amateur d’art, Huotco. Ils ont alors monté un projet d’acquisition de plus de 10 millions, à parts égales entre les trois. L’immeuble a une superficie habitable de 9300 m2 (100 000 pi2).

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Les 5e, 6e et 7étages sont en cours de rénovation pour dégager de 10 à 12 locaux par étage. Marc Séguin prendra une partie d’un étage et les autres espaces seront divisés de telle sorte que les artistes pourront avoir accès, dès l’été prochain, seuls ou à plusieurs, à environ 1000 pi2.

Prix stabilisés

« Les artistes sont souvent deux ou trois par atelier, dit Marc Séguin. À terme, il y aura entre 60 et 80 baux de location dans l’édifice. Il pourra y avoir des artistes, mais aussi des galeries ou des studios de création avec des superficies correspondant à leurs besoins. »

Les ateliers seront offerts à un prix de location « stabilisé », dit Marc Séguin, si l’on compare avec ce qu’on trouve sur le marché. Le modèle de financement repose sur des loyers aux montants indexés au taux d’inflation, avec un tarif de 12 $ le pied carré (plus les taxes).

On crie sur tous les toits que Montréal est une ville de créateurs, mais sur le terrain, les créateurs ont bien du mal à payer leur loyer. La pandémie n’a pas arrangé les choses. Des artistes sont partis à la campagne, mais d’autres n’ont pas le choix de rester en ville.

Bien des artistes visuels établis à Montréal ont vu le montant de leur loyer augmenter de façon draconienne ces dernières années à cause de la spéculation immobilière dans des quartiers de la métropole. Dans la brochure de présentation du projet, le trio d’investisseurs explique que son projet s’écarte du modèle dominant.

« Les Ateliers 3333 s’inscrivent dans une tendance observée dans plusieurs grandes villes, soit la transformation et la revitalisation de quartiers autrement oubliés par la contribution et l’implication d’artistes qui y pratiquent et y vivent. L’approche innovante du projet, favorisant le maintien à long terme des artistes dans leurs ateliers à un coût abordable, permet de contrer le processus habituel d’embourgeoisement, qui a souvent contribué à chasser les artistes de ces quartiers. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

L’immeuble des Ateliers 3333, dans le quartier Saint-Michel

« Aux Ateliers 3333, il n’y aura pas de spéculation, assure Marc Séguin, qui ne veut pas voir se reproduire ce qui s’est passé au 305, Bellechasse. Une fois que tout sera loué, on mettra l’édifice au sein d’un OBNL ou d’une coopérative afin qu’il soit géré par les artistes eux-mêmes. J’aimerais d’ailleurs qu’on puisse répliquer ce modèle-là pour créer plus tard encore d’autres édifices d’ateliers d’artistes. »

Situé à 10 minutes à pied de la station de métro Saint-Michel, l’édifice des Ateliers 3333 est près d’une dizaine de lignes d’autobus et de pistes cyclables, de parcs, de commerces et de restaurants. « Un quartier qui va se développer pour le bonheur de tous… notamment des artistes », dit Marc Séguin.

Source : ÉRIC CLÉMENT / LA PRESSE


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